Cotonou : lancement de la 19e Journée mondiale contre le paludisme

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Le Bénin met en avant ses progrès face à une maladie encore meurtrière

Le Bénin a lancé, vendredi 24 avril 2026 à l’Hôtel Azalaï de Cotonou, la 19e édition de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme. Autorités publiques, partenaires techniques et financiers, acteurs de la société civile et professionnels de santé se sont réunis autour du thème : « Mettre fin au paludisme : maintenant c’est possible, agissons maintenant ».

Cette édition a été marquée par la présentation du rapport sur le paludisme dans l’espace francophone, document qui dresse un constat préoccupant tout en mettant en avant les leviers d’action disponibles.
À l’ouverture de la cérémonie, le ministre de la Santé, Professeur Benjamin Hounkpatin, a rappelé l’urgence de maintenir la mobilisation face à une maladie encore lourde de conséquences. « La journée mondiale de lutte contre le paludisme nous interpelle tous et nous appelle à l’action urgente. » a-t-il indiqué. Benjamin Hounkpatin a insisté sur la nécessité d’accroître les investissements et de tirer profit des innovations scientifiques disponibles. Selon lui, le thème de cette édition « met en avant la nécessité d’investir davantage et durablement contre le paludisme ». Il souligne également « la nécessité de saisir toutes les innovations scientifiques disponibles, que ce soit les nouveaux vaccins, les outils innovants de lutte anti-vectorielle et enfin, la nécessaire mobilisation politique. »

Plusieurs actions engagées par le Bénin ont été cités, notamment l’extension de la vaccination antipaludique, la distribution de moustiquaires imprégnées nouvelle génération, le renforcement de la santé communautaire et la création de l’Agence nationale de lutte contre la malaria et les moustiques.

Un rapport qui alerte sur le poids du paludisme dans l’espace francophone

Moment marquant de la cérémonie, la présentation du rapport intitulé « Un effort collectif contre le paludisme dans l’espace francophone », porté par Speak Up Africa, a retenu l’attention des participants.

Le document rappelle que le paludisme demeure une urgence sanitaire mondiale. En 2024, 282 millions de cas ont été enregistrés pour 610 000 décès. L’Afrique concentre à elle seule 95 % des cas et des décès, tandis que 75 % des décès concernent les enfants de moins de cinq ans, confirmant la vulnérabilité persistante des plus jeunes. Dans l’espace francophone, la situation apparaît particulièrement préoccupante. Ces pays représentent environ 13 % de la population mondiale exposée au paludisme, mais enregistrent 42 % des cas mondiaux, soit 118 millions de cas en 2024, ainsi que 40 % des décès liés à la maladie.

Le ministre de la Santé Benjamin Hounkpatin, qui a préfacé le document, souligne : « Ce rapport met en lumière une réalité que nous ne pouvons plus ignorer : notre région est en première ligne. Mais il démontre également que des progrès sont possibles lorsque le leadership politique, le financement et la mobilisation collective sont au rendez-vous. »

Le cas du Bénin présenté comme un signal encourageant

Au niveau national, les données présentées montrent que le pays reste confronté à une charge importante, avec environ 2 millions de cas par an et près de 2 000 décès annuels. Le paludisme demeure la première cause de consultation et d’hospitalisation, ainsi que l’une des principales causes de décès chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.

Des progrès ont toutefois été relevés. L’incidence est passée de 21 % en 2023 à 17 % en 2024. Le nombre de cas pour 1 000 habitants a également diminué, passant de 218 en 2022 à 139 en 2024.
Sur le plan budgétaire, le financement national consacré à la lutte contre le paludisme a fortement progressé, passant de 1,7 million à 6,3 millions de dollars en trois ans. Une évolution saluée comme la preuve que des investissements ciblés peuvent produire des résultats concrets.

Le rapport conclut sur un message clair : « Quand le plaidoyer est stratégique, le financement suit. Quand le financement augmente, les cas diminuent. Quand tous les acteurs s’engagent, l’élimination devient possible. »

Le panel de discussion rappelle les réalités cachées derrière les chiffres

Le panel organisé en marge de la cérémonie a permis de relier ces statistiques aux réalités du terrain : difficultés d’accès aux soins dans certaines zones, nécessité d’un diagnostic rapide, rôle des relais communautaires, protection des femmes enceintes et importance de la prévention au sein des ménages.

Plusieurs messages majeurs se sont dégagés des échanges. Les intervenants ont d’abord rappelé que la prévention demeure l’outil le plus accessible et le plus efficace, à travers l’usage régulier des moustiquaires imprégnées, l’assainissement du cadre de vie et la consultation rapide dès les premiers signes de fièvre. Ils ont ensuite insisté sur la place centrale des communautés dans la riposte, citant des initiatives telles que Zéro Palu ! Je m’engage, Voix EssentiELLES ainsi que les réseaux de jeunes mobilisés, présentés comme des leviers capables de transformer durablement les comportements. Les participants ont également souligné que les progrès scientifiques ne produiront pleinement leurs effets que si l’accès reste équitable pour tous. Vaccins, tests rapides, traitements efficaces et nouveaux outils anti-vectoriels existent désormais, mais leur impact dépendra de leur disponibilité réelle aussi bien en milieu urbain que rural. Enfin, les experts ont averti qu’un recul des financements ou un affaiblissement des programmes pourrait rapidement compromettre les avancées enregistrées ces dernières années.

Représentant les partenaires techniques et financiers, Dr Kouamé Jean Konan a résumé l’esprit de cette édition : « Ce thème est à la fois un cri d’espoir et un appel à l’action. » Il a également mis en garde contre tout relâchement : « Agissons maintenant car lorsque les investissements diminuent et que les programmes s’affaiblissent, le paludisme ressurgit rapidement, anéantissant les progrès durablement acquis et coûtant des vies. »

Cap sur 2030

À l’occasion de cette Journée mondiale, le Bénin a voulu envoyer un double message : les outils existent, et les résultats sont possibles lorsque la volonté politique, les ressources et la mobilisation citoyenne avancent ensemble.

L’objectif affiché reste l’élimination du paludisme à l’horizon 2030. Mais à Cotonou, un constat a dominé toutes les interventions : la victoire dépendra moins des promesses que de la capacité à maintenir l’effort, année après année.

benin-news.com, l’information autrement.


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