Présidentielles de 2026 : plongée au cœur des partis politiques

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Portez l’elegance

Tout sur le silence qui fait trop de bruit

Au Bénin, à l’aube de l’échéance électorale de 2026, une ombre mystérieuse plane sur le paysage politique national. Moins d’un an avant la tenue du scrutin présidentiel, la scène politique demeure étrangement silencieuse, presque muette, quant à la présentation des potentiels candidats à la succession de Patrice Talon.

Abbas TITILOLA

C’est connu. La présidentielle de 2026 aura lieu le 12 avril prochain, sauf changement. La commission électorale nationale autonome a déjà sorti le calendrier officiel devant conduire le processus. La période préélectorale consacrée par le Code électoral court déjà. Mais c’est un embargo qui semble être mis sur la déclaration des intentions de candidatures au sein des chapelles politiques.
Qu’il s’agisse de l’Union progressiste le renouveau (Up-r), le Bloc républicain (Br), Les Démocrates (Ld), les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), aucune voix ne s’élève pour indiquer des intentions de candidatures. Le mouvement OB26, devenu depuis 72 heures, Nouvelle dynamique pour le progrès (Ndp) avait seul, clairement affiché sa vision et ses convictions. Mais depuis les déboires de son leader avec la justice béninoise, plus rien ne semble indiquer la même orientation. Les responsables du mouvement réaffirment juste leur appartenance à la mouvance présidentielle, comme pour prendre leurs distances avec la récente position de leur désormais ancien premier responsable.
Les autres formations politiques, un peu plus astreintes à la charte des partis politiques, et tenues par la caution morale du système partisan, gardent le silence.
On se rappelle, le 5 janvier dernier, le ministre Séïdou Adambi avait été suspendu des instances du bloc républicain. Raison évoquée : « déclarer une candidature ne devrait pas être un problème ; mais il faut que cette activité se mène dans les cadres formels du parti, à travers les structures ; ce qui n’est pas le cas », avait fustigé Romaric Ogouwalé, porte-parole du Bloc républicain, sur les ondes de Bip radio, le 6 janvier dernier. Quelques mois avant, des personnalités politiques de la mouvance présidentielle, notamment Oswald Homéky et Romuald Wadagni dont les noms ont été évoqués comme potentiels dauphins de Patrice Talon, ont dû se prononcer d’une manière ou d’une autre, pour taire les suscitations et mettre un terme à toutes initiatives. On comprend donc que toute velléité pourrait être vite matée. Tous ceux qui, même timidement, ont tenté de s’afficher ou de se laisser porter par leurs partisans ont été rappelés à l’ordre, voire mis sur la touche.

Quid des vraies intentions ?

Ce mutisme apparent soulève de nombreuses interrogations : que dissimulent donc ces partis politiques derrière leur silence pesant ? Quelles raisons justifient cette retenue, alors même que la curiosité légitime des citoyens et leur droit à l’information devraient primer dans une démocratie vivante et transparente ?
Ce silence, qui pourrait sembler anodin à première vue, révèle en réalité une dynamique complexe et stratégique. Il pourrait s’agir d’un calcul politique visant à préserver le suspense, à ménager des alliances ou à dissimuler des divisions internes. Il pourrait également témoigner d’une incertitude quant à l’identité du ou des candidats qui porteront les couleurs de leur formation lors de cette échéance cruciale. Mieux, cette retenue pourrait refléter une volonté de contrôler l’agenda médiatique et l’opinion publique, en évitant toute précipitation ou déclaration prématurée susceptible de fragiliser la position de certains acteurs.
Ce mutisme volontaire soulève néanmoins une problématique fondamentale : dans une démocratie, la transparence et la communication sont des piliers essentiels pour garantir la légitimité des processus électoraux. Les électeurs, en tant que souverains de la République, ont le droit d’être informés sur les visions, les programmes et les ambitions des candidats potentiels. Leur ignorance volontaire ou involontaire ne risque-t-elle pas d’alimenter la méfiance, voire la suspicion, à l’égard des acteurs politiques ? Ne fragilise-t-elle pas la confiance dans le processus démocratique lui-même ?

Rompre le silence

« Encore un peu de temps et vous nous verrez en action, de façon ouverte au sujet de la présidentielle. Pour l’heure, c’est un travail de sous-marin qui se fait, notamment dans la perspective des législatives et des locales », nous a répondu cet acteur majeur de la mouvance présidentielle, membre du bureau du Bloc républicain que nous avons joint au téléphone. Seulement, le paramètre que les populations veulent voir pris en compte, c’est l’individu candidat. Son mode de désignation ; sa carrure et sa personnalité. Il est donc impératif que cette période de silence soit accompagnée d’un dialogue constructif, d’un effort de clarification et de transparence. Les partis politiques, en tant que vecteurs essentiels de la démocratie, ont la responsabilité de communiquer avec leurs électeurs, de leur donner des indices sur leurs orientations et leurs projets de société pour le pays. La démocratie béninoise, riche de ses traditions et de ses aspirations, mérite que ses acteurs politiques fassent preuve d’un courage et d’une lucidité renouvelés, afin que la course à la présidence ne soit pas seulement une compétition de figures, mais aussi une véritable confrontation d’idées et de visions pour l’avenir du Bénin.
En définitive, ce silence apparent, qui alimente les débats dans les kiosques, sur les gares routières, aux arrêts-bus, et dans les marchés, ce silence qui fait trop de bruit, doit être percé. Les bruits qui courent, sont donc comme un appel à la vigilance citoyenne. Les Béninois restent attentifs, se questionnent, et tendent à exiger la transparence pour ainsi participer activement au processus démocratique. Car, au-delà des discours et des déclarations, c’est la clarté et la sincérité des intentions qui garantiront la légitimité et la stabilité de la prochaine mandature présidentielle. Il est temps que ça se décante !

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