La Côte d’Ivoire a enregistré 841 cas de viol en 2025, dont près de 90 % ont conduit à une condamnation judiciaire, selon les données publiées par le Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant (MFFE). Ces chiffres figurent dans l’annuaire statistique 2025 présenté à Abidjan lors de la tribune d’échanges « Tout Savoir Sur » du Centre d’Information et de Communication Gouvernementale (CICG).
D’après le Directeur de la Planification, des Études et de la Documentation du MFFE, Lossény Sylla, 89,52 % des affaires de viol enregistrées ont abouti à des décisions de justice favorables aux victimes. Ces cas font partie des 10 747 situations de violences basées sur le genre (VBG) prises en charge par les services du ministère au cours de l’année 2025.
Comparé à 2024, où 9 607 cas avaient été recensés, le nombre de VBG enregistrées affiche une hausse de 11,87 %. Pour les autorités, cette augmentation ne traduit pas uniquement une aggravation des violences, mais aussi une progression des dénonciations et du recours aux structures de prise en charge. Selon Lossény Sylla, de nombreuses familles privilégiaient auparavant des règlements informels, limitant ainsi les signalements officiels.
Sur le long terme, les chiffres montrent une forte évolution des déclarations de violences. Alors que 711 cas avaient été recensés en 2011, le pays en comptabilise désormais plus de 10 000. Le ministère explique cette progression par l’extension des centres sociaux et socio-éducatifs sur le territoire, la mise en place des lignes d’urgence 1308 pour les VBG et 116 pour les enfants en détresse, ainsi que par les campagnes annuelles de sensibilisation contre les violences faites aux femmes et aux filles.
Le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) confirme également cette tendance. Dans son rapport annuel publié en février 2026, l’institution indique avoir enregistré 1448 saisines liées aux violences basées sur le genre en 2025, contre 1365 l’année précédente, soit une hausse de 6,08 %. Le CNDH estime que cette évolution reflète à la fois la persistance des violences et une plus grande volonté des victimes de dénoncer les abus.
Malgré cette amélioration du signalement, les organisations internationales rappellent que les violences sexuelles restent largement sous-déclarées. ONU Femmes et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) soulignent que de nombreuses victimes continuent de cacher les violences subies en raison de la stigmatisation sociale.
Dans le détail, les 10 747 cas recensés en 2025 concernent principalement les violences économiques et sociales, avec 5 096 cas de privation de ressources ou de services. Le rapport fait aussi état de 2 212 violences psychologiques, 2 154 agressions physiques, 254 agressions sexuelles, 181 mariages forcés et 9 cas de mutilations génitales féminines. Les femmes et les filles représentent 97 % des victimes enregistrées, tandis que près de 80 % des violences surviennent dans le cadre familial ou domestique.
Les régions les plus touchées restent le district d’Abidjan, le Sud-Comoé, le Gbêkê et le Haut-Sassandra. Par ailleurs, le Fonds National « Femmes et Développement » a permis de financer 1 994 femmes en 2025. Depuis sa création, plus de 10 000 bénéficiaires ont été soutenues pour un montant global de 4,1 milliards de francs CFA.
Amac Roland SIKO
