Nouvelle loi sur les billets usés et les pièces lisses : l’urgence de vulgariser le texte dans toutes les langues nationales
L’adoption récente de la loi sanctionnant le refus des billets usés, froissés ou légèrement déchirés, ainsi que des pièces lisses, marque une avancée importante pour la protection des consommateurs et le respect de la monnaie ayant cours légal au Bénin. Mais au-delà du vote de ce texte, un défi majeur se pose désormais : celui de son appropriation par les populations.
Dans les marchés, les gares routières, les boutiques, les kiosques et même dans certains services, il n’est pas rare de voir des citoyens confrontés au refus de leurs billets au motif qu’ils sont salis, froissés ou présentent une légère déchirure. Cette pratique, devenue courante au fil des années, est souvent source de frustrations, de pertes financières et parfois même de tensions entre vendeurs et clients.
Si la nouvelle loi prévoit désormais des sanctions contre ces comportements, son efficacité dépendra largement du niveau d’information des populations. Une loi méconnue reste difficile à appliquer. Or, dans de nombreuses localités, notamment en milieu rural, l’accès à l’information officielle diffusée en français demeure limité.
C’est pourquoi une vaste campagne nationale de sensibilisation apparaît indispensable. Cette communication devrait être menée dans toutes les langues nationales afin de toucher le plus grand nombre. Le fon, le yoruba, le goun, l’adja, le bariba, le dendi, le ditammari et les autres langues parlées au Bénin doivent être pleinement mis à contribution pour expliquer aux citoyens leurs droits et leurs obligations.
Les radios communautaires auront également un rôle déterminant à jouer. Très présentes dans les communes et les villages, elles constituent souvent la principale source d’information des populations. Des émissions interactives, des débats, des messages de sensibilisation et des capsules d’information diffusés régulièrement permettraient de mieux faire connaître la nouvelle réglementation et ses implications concrètes.
Les autorités publiques, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile et les médias gagneraient à conjuguer leurs efforts afin que cette loi produise réellement les effets attendus. Chaque commerçant, conducteur de taxi-moto, vendeur de marché ou simple citoyen doit savoir qu’un billet ayant cours légal ne peut être refusé de manière arbitraire.
Informer dans toutes les langues nationales ne relève pas seulement d’une stratégie de communication. Il s’agit d’une condition essentielle pour garantir l’égalité d’accès à l’information et assurer une application effective de la loi sur l’ensemble du territoire national.
L’enjeu est donc clair : permettre à chaque Béninois, quelle que soit sa langue ou sa localité, de connaître ses droits. Car une loi destinée à protéger les citoyens ne peut atteindre pleinement son objectif que lorsque ceux-ci sont correctement informés de son existence et de son contenu.
Amac Roland SIKO
beninnews.bj, l’information autrement.
