Savon de chance ou de malchance ? : une affaire de marabout mal inspiré devant la Criet

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“Je suis devenu plus pauvre qu’avant”, fait savoir le plaignant

Un drôle de procès a eu lieu à la Criet le 3 avril dernier. Un homme accuse un autre d’escroquerie après avoir acheté des “savons de chance”, censés lui apporter richesse et prospérité. Mais au lieu de voir sa situation financière s’améliorer, il se retrouve encore plus fauché qu’avant.

Selon l’audience rapportée par Banouto, le plaignant, un quinquagénaire en plein marasme financier, raconte qu’il a rencontré le prévenu à un moment où ses affaires allaient mal. Ce dernier, un soi-disant “intermédiaire”, lui aurait promis de l’aide, avec l’appui d’un “grand maître spirituel”. Après quelques discussions, le plaignant se laisse tenter et décide d’acheter des travaux spirituels et des savons de chance. Mais fortuitement, au lieu de changer sa situation, les savons à en croire le plaignant l’ont encore appauvri qu’il ne l’était. “Quand j’utilisais les savons, au lieu que ça aille mieux, c’est le contraire qui s’est produit. Je suis devenu plus pauvre qu’avant !” . La salle éclate de rire. Il ajoute : “Je ne blague pas !” et précise qu’il a payé cinq millions de FCFA pour ces “travaux de chance”. “Je ne suis qu’un intermédiaire !” s’exclame l’accusé. Il réfute les accusations d’escroquerie et explique que le plaignant n’a pas respecté les “interdits” liés aux produits. Il indique que pour la bonne marche des rituels, il a été interdit au plaignant des activités sexuelles. Mais ce dernier n’a pas suivi les consignes. Pis, il fréquentait les maisons closes, ce qui, selon le prévenu, aurait saboté tout le travail spirituel. “C’est ses fréquentations qui ont tout gâché, pas mes savons !” insiste-t-il, avec un air presque désolé. Et pour couronner le tout, l’accusé révèle que le plaignant lui doit encore 80 000 FCFA, une dette qu’il aurait contractée pendant ses moments difficiles.

Dans ses réquisitions, le représentant du ministère public n’est pas allé par quatre chemins. D’un ton direct, il a qualifié le prévenu de “vendeur d’illusions“, expliquant à la Cour que ce dernier se faisait passer à la fois pour un intermédiaire et un grand maître spirituel.

Selon le parquet, les preuves sont accablantes : tous les numéros sur lesquels la victime envoyait de l’argent pour les prétendus rituels appartiennent en réalité au prévenu. L’analyse de son téléphone a d’ailleurs révélé qu’il aurait arnaqué d’autres personnes par le même procédé.

Le ministère public a donc requis une peine de cinq ans de prison, dont deux ans fermes, ainsi qu’une amende d’un million de francs CFA. Il a également demandé que le prévenu verse trois millions de francs CFA à la victime au titre de dommages et intérêts. Enfin, il invite la Cour à le retenir dans les liens de la prévention pour « escroquerie via internet ».

L’avocat de la défense, quant à lui, a plaidé la relaxe pour son client, affirmant qu’il n’avait rien fait de mal et que, tout compte fait, il n’était que l’agent de l’illusion. Bref, il a demandé à la cour de le laisser tranquille, car, selon lui, il n’y avait pas matière à condamnation. La décision finale est attendue pour le 19 mai 2025.

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