Ulcère de Buruli : une infection négligée aux séquelles irréversibles

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L’ulcère de Buruli est une infection cutanée chronique causée par Mycobacterium ulcerans. Cette maladie tropicale négligée peut provoquer de graves atteintes cutanées et, si elle n’est pas traitée à temps, entraîner des complications lourdes dont des handicaps durables. La maladie est présente principalement en Afrique, en Asie et en Amérique latine, et demeure un enjeu majeur de santé publique dans plusieurs pays.

Mycobacterium ulcerans produit une toxine nommée mycolactone qui détruit les tissus et est responsable des lésions caractéristiques. Bien que le mode de transmission exact reste partiellement élucidé, l’exposition aux milieux aquatiques (rivières, marécages) et l’implication d’insectes vecteurs (comme certains moustiques) sont suspectées de jouer un rôle important. Des études, notamment en Australie, suggèrent également l’implication d’animaux comme les possums dans la chaîne de transmission.

Manifestations Cliniques

L’évolution de la maladie se déroule généralement en trois stades :

  1. Stade initial (pré-ulcératif) :

Apparition d’un nodule, d’une plaque ou d’un œdème sous la peau, souvent indolore.

  1. Stade ulcératif :

Formation d’un ulcère à bord net avec un fond nécrotique jaunâtre.

Progression indolore due à l’effet anesthésiant de la mycolactone.

  1. Stade avancé :

Extension des lésions avec atteinte des tissus profonds, parfois des muscles, des os et des articulations.

Risque accru d’infections secondaires.

Conséquences et Risques de Handicap

Les conséquences de l’ulcère de Buruli peuvent être particulièrement graves, surtout lorsque la maladie n’est pas détectée et traitée précocement :

Dégénérescence tissulaire importante :
L’ulcération progressive détruit les tissus cutanés et sous-cutanés, ce qui peut aboutir à d’importantes pertes de substance.

Atteinte osseuse et articulaire :
Dans les cas avancés, l’infection peut s’étendre aux os (ostéomyélite) et aux articulations, augmentant ainsi le risque de déformations structurelles.

Handicap et déformations :
Les lésions étendues peuvent entraîner des séquelles irréversibles, telles que des cicatrices étendues, des contractures et des limitations fonctionnelles. Ces séquelles sont la principale cause de handicap chez les patients affectés. Dans certaines zones endémiques, de nombreux patients, en particulier des enfants, subissent des handicaps physiques qui impactent durablement leur qualité de vie et leur capacité à mener une vie sociale et professionnelle normale.

Impact socio-économique :
Au-delà des conséquences médicales, les séquelles de la maladie peuvent entraîner une stigmatisation sociale et des difficultés économiques, en raison de l’incapacité à travailler ou à suivre une scolarité normale, aggravant ainsi la vulnérabilité des populations affectées.

Statistiques et Situation au Bénin

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des milliers de cas suspects sont rapportés chaque année dans les zones endémiques. Par exemple, en 2023, plusieurs pays africains ont enregistré un nombre significatif de cas, et le Bénin en particulier reste fortement impacté. En 2023, le Bénin a rapporté environ 146 cas suspects d’ulcère de Buruli. Des études locales montrent des prévalences élevées dans certaines régions, notamment dans les zones proches des cours d’eau, avec des taux de prévalence allant jusqu’à 32,62 pour 1 000 habitants dans certains villages. Ces chiffres témoignent de la nécessité d’une surveillance épidémiologique renforcée et d’actions de prévention ciblées.

Traitement

Le traitement repose principalement sur une antibiothérapie combinée, souvent à base de rifampicine et clarithromycine. La prise en charge précoce est cruciale pour éviter la progression vers les stades avancés. Dans certains cas, une intervention chirurgicale est nécessaire pour retirer les tissus nécrosés, suivie de greffes cutanées pour favoriser la cicatrisation. Un traitement adapté permet généralement de limiter les dommages permanents et de prévenir le développement de handicaps.

Prévention

Les stratégies de prévention de l’ulcère de Buruli incluent :

Sensibilisation et éducation sanitaire :
Informer les communautés sur les signes précoces de la maladie pour encourager un diagnostic rapide et éviter les complications.

Réduction de l’exposition aux environnements à risque :
Promouvoir l’utilisation de vêtements protecteurs et de répulsifs pour minimiser le contact avec les insectes potentiellement vecteurs et réduire l’exposition aux eaux stagnantes contaminées.

Amélioration de l’accès à l’eau potable :
Fournir des solutions d’approvisionnement en eau propre afin de limiter le contact avec les sources d’eau à risque.

Surveillance épidémiologique active :
Mettre en place des systèmes de dépistage et de suivi afin d’identifier rapidement les foyers de la maladie et d’intervenir de manière appropriée.

Sommes toutes, l’ulcère de Buruli est une maladie dévastatrice dont les conséquences vont bien au-delà des lésions cutanées. Les atteintes tissulaires profondes et les complications osseuses peuvent aboutir à des handicaps sévères, impactant la vie quotidienne des patients et leur environnement socio-économique. La prise en charge précoce, la sensibilisation des populations et l’amélioration des conditions d’hygiène et d’accès à l’eau potable sont essentielles pour réduire la morbidité associée à cette maladie. En informant les communautés et en renforçant les actions de prévention et de traitement, il est possible de limiter les séquelles et d’améliorer significativement la qualité de vie des personnes exposées à ce fléau.

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