Des fidèles poussés à mourir de faim pour « rencontrer Jésus »
Un prédicateur kényan a été condamné à deux siècles de prison pour avoir orchestré un système de jeûne extrême ayant entraîné la mort de 191 personnes, dont 190 enfants. La décision a été rendue vendredi 6 novembre 2026 par la Haute Cour de Mombasa. Au centre de cette affaire, Paul Nthenge Mackenzie, fondateur de l’Église Good News International, est accusé d’avoir convaincu ses fidèles de se laisser mourir de faim dans l’espoir de rencontrer Jésus et d’accéder au paradis. La juge a également expliqué pourquoi elle avait refusé la peine de mort réclamée par l’accusation.

L’affaire dite du massacre de Shakahola a éclaté en avril 2023, après la découverte de plusieurs sépultures clandestines dans une zone forestière du comté de Kilifi, sur la côte kényane. Les investigations ont mis au jour les activités d’un mouvement religieux dirigé par Paul Mackenzie.
Selon les éléments retenus par la justice, le pasteur avait persuadé ses adeptes de quitter leurs domiciles pour s’installer dans la forêt de Shakahola, où ils devaient observer un jeûne extrême. Il leur aurait présenté cette pratique comme un moyen de se préparer à la fin du monde et de rejoindre Jésus.
Les consignes concernaient également les enfants. Dans sa doctrine, les plus jeunes devaient mourir en premier, suivis des jeunes et des femmes. Les hommes, eux, étaient censés rester en vie suffisamment longtemps pour enterrer les corps avant de se soumettre à leur tour au jeûne.
Le tribunal a établi que cette pratique avait dépassé le cadre d’un jeûne volontaire. Des personnes chargées de faire respecter les instructions auraient empêché certains fidèles de s’alimenter et de boire. Ceux qui tentaient de résister auraient été violentés, ligotés ou enfermés.
Sur les 191 victimes retenues dans ce procès, 183 sont mortes de faim, parmi lesquelles 182 enfants et un adulte. Les huit autres, tous des enfants, ont été tués directement, notamment par suffocation, strangulation ou violences physiques.
Un nourrisson de 12 jours parmi les victimes
Les détails présentés lors de l’audience de condamnation donnent une idée de la violence subie par les victimes. Parmi les enfants décédés figurait un nourrisson âgé de seulement 12 jours, qui aurait été privé de lait maternel dès sa naissance.
La juge Diana Kavedza a également évoqué 161 enfants âgés de moins de 10 ans et 22 autres âgés de 10 à 13 ans. Cinq victimes avaient entre 14 et 16 ans. L’âge de deux autres n’a pas pu être établi.
La magistrate a décrit les souffrances prolongées des plus jeunes, privés de nourriture et d’eau pendant plusieurs jours. Certains adolescents qui auraient tenté de désobéir aux consignes auraient subi des violences.
Le 19 octobre 2026, Paul Mackenzie et ses 28 coaccusés avaient été déclarés coupables des 191 meurtres. La justice a considéré que le prédicateur portait la responsabilité principale du déplacement des fidèles vers cette zone isolée et de la mise en place du système qui a conduit à leur mort. Parmi les autres condamnés figuraient des personnes chargées de faire respecter les consignes de jeûne ainsi que des individus impliqués dans l’inhumation des corps.
200 ans de prison pour le principal accusé
Pour sanctionner les faits, la Haute Cour de Mombasa a prononcé deux peines successives de 100 ans contre Paul Mackenzie. La première concerne les 183 meurtres commis par privation de nourriture. La seconde porte sur les huit homicides directs.
Les deux peines devant être purgées l’une après l’autre, le total atteint 200 ans de prison. La condamnation ne s’arrête pas au principal accusé. Son assistant religieux, Smart Mwakalama, a écopé de 160 ans de détention. Plusieurs autres coaccusés ont également reçu des peines comprises entre 10 et 160 ans.
Au cours du procès, les 29 accusés avaient été reconnus coupables. La juge a notamment relevé la gravité des actes, l’organisation du système de jeûne et le manque de remords manifesté par plusieurs condamnés.
Pourquoi la juge a-t-elle refusé la peine de mort ?
L’un des aspects les plus remarqués de cette décision concerne le refus de la magistrate de prononcer la peine capitale. Les procureurs l’avaient pourtant réclamée contre Paul Mackenzie, au regard de la gravité des crimes.
La juge Diana Kavedza a expliqué que l’exécution du prédicateur aurait pu être perçue comme une forme de victoire par un homme dont les enseignements présentaient la mort comme une délivrance et un moyen de retrouver Jésus et les proches disparus.
Selon elle, pour des personnes convaincues que mourir permet d’accéder au paradis, la peine capitale risque de ne pas produire l’effet dissuasif attendu. Elle pourrait même leur donner le sentiment d’accomplir leur propre doctrine et leur conférer un statut de martyrs.
La magistrate a donc privilégié une longue détention, estimant qu’elle obligerait les condamnés à vivre avec les conséquences de leurs actes. Elle a également souligné qu’une incarcération prolongée pouvait laisser une possibilité de prise en charge et de désengagement de leurs convictions extrémistes.
Un autre motif a pesé dans son raisonnement : garder les condamnés en vie pourrait permettre de recueillir des informations sur les enfants toujours portés disparus. Leur exécution aurait définitivement supprimé cette possibilité pour les familles qui attendent encore de connaître le sort de leurs proches.
448 corps retrouvés dans la forêt de Shakahola
L’ampleur de cette tragédie dépasse les 191 décès concernés par le procès. Depuis le début des opérations de recherche en 2023, les autorités kényanes ont exhumé 448 corps dans la forêt de Shakahola. Plusieurs dépouilles n’ont pas encore été identifiées et de nombreuses familles attendent toujours des réponses.
Paul Mackenzie reste également concerné par d’autres procédures judiciaires, notamment pour des faits liés au terrorisme, à la maltraitance d’enfants et à la torture. Il fait aussi l’objet d’une autre affaire concernant la mort de 52 personnes retrouvées dans un autre lieu.
Sa défense a annoncé son intention de faire appel de la condamnation à 200 ans de prison, considérant que la durée de la peine revient, dans les faits, à une détention à vie.
Cette affaire a profondément marqué le Kenya et relancé les appels à un meilleur encadrement des organisations religieuses, afin d’éviter que des responsables religieux puissent exploiter la foi de leurs adeptes au point de mettre leur vie en danger.
benin-news.com, l’information autrement.
