Célébrée ce samedi 10 octobre 2026, la Journée mondiale de la santé mentale invite à briser le silence autour des souffrances psychologiques. Au Bénin comme ailleurs, les préjugés, la peur du jugement et la difficulté à demander de l’aide peuvent conduire des personnes en détresse à affronter seules leurs difficultés. Cette année, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appelle à écouter véritablement celles et ceux qui vivent avec des troubles mentaux, afin que leur expérience contribue à transformer les réponses qui leur sont apportées.
Il y a des sourires qui rassurent, des plaisanteries qui font rire tout le monde et des personnes toujours disponibles pour écouter les problèmes des autres. Pourtant, derrière certaines de ces apparences, se cachent parfois une profonde tristesse, une fatigue émotionnelle ou une souffrance que les mots peinent à exprimer.
Dans les familles, les milieux professionnels, les établissements scolaires et les cercles sociaux, certaines personnes continuent d’assumer leurs responsabilités alors qu’elles traversent des moments particulièrement difficiles. Elles se lèvent chaque matin, répondent aux messages, accomplissent leurs tâches et trouvent parfois la force de soutenir leurs proches. Mais, une fois seules, le poids des préoccupations peut devenir difficile à supporter.
Les difficultés financières, les déceptions sentimentales, les conflits familiaux, le deuil, la pression professionnelle, le chômage ou le sentiment d’échec peuvent fragiliser l’équilibre psychologique. À cela s’ajoute parfois la peur d’être incompris ou considéré comme une personne faible.
Combien de fois une personne en souffrance a-t-elle entendu : « Sois fort », « Arrête de trop réfléchir », « D’autres vivent pire que toi » ou encore « Tu n’as qu’à prier » ? Ces paroles, même prononcées avec de bonnes intentions, peuvent donner à celui qui souffre le sentiment que sa douleur n’a pas sa place.
La santé mentale mérite autant d’attention que la santé physique. Et souffrir psychologiquement n’est ni une honte ni un manque de courage.
Santé mentale : une réalité qui concerne tout le monde
La santé mentale ne se résume pas à l’absence de maladie psychiatrique. Elle concerne notre capacité à faire face aux difficultés de la vie, à entretenir des relations, à apprendre, à travailler et à trouver un certain équilibre malgré les épreuves.
Selon l’OMS, près de 1,2 milliard de personnes dans le monde vivaient avec un trouble mental en 2023, soit environ une personne sur sept. Les troubles anxieux et dépressifs figurent parmi les plus fréquents. Pourtant, de nombreuses personnes n’ont toujours pas accès à des soins adaptés.
Ces chiffres rappellent que les troubles mentaux ne concernent pas uniquement une catégorie de personnes. Ils peuvent toucher des adolescents, des étudiants, des parents, des travailleurs, des entrepreneurs, des personnes âgées ou encore des personnes confrontées à la précarité.
Il est également important de distinguer une période de tristesse passagère d’un trouble nécessitant une prise en charge. Se sentir triste après une déception est une réaction humaine. En revanche, lorsque la souffrance persiste, s’intensifie ou perturbe durablement le sommeil, l’appétit, les relations ou les activités quotidiennes, il est important de rechercher une aide appropriée.
Une personne qui se replie sur elle-même, perd progressivement son intérêt pour les activités qu’elle aimait, exprime un désespoir profond ou semble constamment épuisée mérite une attention particulière. Ces signes ne permettent pas, à eux seuls, de poser un diagnostic, mais ils peuvent justifier une conversation bienveillante et, si nécessaire, une consultation auprès d’un professionnel de santé.
Briser les préjugés et apprendre à écouter
Au Bénin, comme dans de nombreuses sociétés, les problèmes de santé mentale peuvent être entourés de silences, de jugements ou d’interprétations diverses. Certaines personnes craignent d’être stigmatisées si elles consultent un psychologue ou un psychiatre. D’autres redoutent les réactions de leur famille, de leurs collègues ou de leur entourage.
Pourtant, demander de l’aide ne signifie pas que l’on a échoué. C’est parfois le premier pas vers un mieux-être.
La Journée mondiale de la santé mentale 2026 est placée sous le thème : « À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement ». L’OMS insiste sur la nécessité de donner une véritable place aux personnes concernées, non seulement en écoutant leurs témoignages, mais aussi en les associant aux décisions, aux politiques et aux dispositifs qui influencent leur prise en charge.
Cette démarche rappelle une évidence trop souvent oubliée : une personne vivant avec un trouble mental ne se résume pas à son diagnostic. Elle conserve sa dignité, ses compétences, ses aspirations et ses droits. Elle a besoin d’être accompagnée, et non réduite à sa souffrance.
La famille et les proches ont également un rôle important. Il n’est pas toujours nécessaire de trouver les mots parfaits ou de proposer immédiatement une solution. Parfois, écouter sans interrompre, prendre régulièrement des nouvelles, éviter les reproches et accompagner une personne vers un professionnel peuvent faire une réelle différence.
Il faut aussi accepter que l’affection, la prière et le soutien familial puissent être précieux sans remplacer les soins nécessaires. Lorsqu’une souffrance devient persistante ou sévère, l’accompagnement d’un professionnel de santé est essentiel.
Ne pas attendre que la souffrance devienne insupportable
Prendre soin de sa santé mentale commence aussi par reconnaître ses propres limites. Le repos, le maintien de liens sociaux, l’activité physique adaptée, un sommeil suffisant et la possibilité de parler à une personne de confiance peuvent contribuer au bien-être psychologique. Ces habitudes ne remplacent toutefois pas un traitement lorsqu’il est nécessaire.
Lorsqu’une personne semble en détresse, évitons de lui demander de simplement « faire un effort ». Essayons plutôt de lui dire : « Je suis là, tu peux me parler », « Ce que tu ressens compte » ou « Si tu le souhaites, nous pouvons chercher de l’aide ensemble ».
Si elle évoque le désir de mourir ou de se faire du mal, prenons ses paroles au sérieux. Il faut l’écouter sans la juger, l’aider à accéder rapidement à une assistance professionnelle et contacter les services d’urgence si sa sécurité est immédiatement menacée.
La Journée mondiale de la santé mentale ne devrait pas être une simple date inscrite au calendrier. Elle doit nous inviter à revoir notre manière de parler de la souffrance, d’éduquer nos enfants, de soutenir nos proches et d’accompagner les personnes qui traversent des périodes difficiles.
Derrière un collègue toujours souriant, un parent qui se sacrifie pour sa famille, un jeune qui doute de son avenir ou un ami devenu silencieux, il peut y avoir une histoire que nous ne connaissons pas.
Nous ne pouvons pas toujours savoir ce que les autres traversent. Mais nous pouvons choisir de ne pas ajouter de la douleur à leur douleur.
Alors, prenons le temps de demander sincèrement à nos proches comment ils vont. Et surtout, prenons le temps d’écouter leur réponse.
Parce qu’une personne n’a pas besoin d’attendre de s’effondrer pour mériter de l’aide. Parce que la santé mentale n’est pas un luxe. Et parce qu’un peu d’écoute, de respect et de compréhension peut parfois ouvrir la voie vers une aide qui change une vie.
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